Les ONG avertissent que la coopération européenne privilégie les objectifs commerciaux, sécuritaires et de contrôle des migrations.

Dans un communiqué publié par le Comité de coordination des ONG d'Espagne, dont Juan Ciudad ONGD est membre, et le réseau européen CONCORD, ils ont exprimé leur inquiétude face à l'instrumentalisation de la coopération au développement pour servir des objectifs commerciaux, sécuritaires et migratoires.

Bien que les ONG européennes de développement reconnaissent les éléments pro-solidarité intégrés dans le nouveau consensus européen pour le développement, elles considèrent les points suivants :

Le 19 mai, le Conseil des affaires étrangères de l'Union européenne a adopté le nouveau consensus européen pour le développement, un pilier essentiel de la politique européenne de développement qui vise à définir un cadre commun pour la mise en œuvre de l'Agenda 2030 dans l'UE et ses États membres.

CONCORD, la Confédération européenne des ONG de développement, salue le renouvellement de l'engagement en faveur de « la réduction et l'éradication de la pauvreté à long terme » [1] comme l'un des objectifs clés de la politique européenne de développement. En cherchant à aligner l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris, le Consensus reflète le leadership de l’UE et fournit un guide pour le développement durable.

« Le Consensus s’est amélioré au fil des différentes versions. « Le rôle distinctif et crucial de la société civile dans un espace démocratique, l’importance accordée à l’agriculture locale et à petite échelle, et l’importance accordée aux droits des femmes et des filles sont, entre autres, des éléments très précieux », note Johannes Trimmel, président de CONCORD.

Un tournant inquiétant dans la coopération

Cependant, les ONG de développement s’inquiètent de la direction générale que prend la coopération au développement en Europe, qui est de plus en plus instrumentalisée en faveur du contrôle des mouvements migratoires [2], des marchés de titrisation et du secteur privé [3]. Le Plan d’investissement européen et la Stratégie globale étaient déjà des tentatives qui servaient les intérêts propres de l’UE. Aujourd’hui, le Consensus vient renforcer cette vision.

« Ce cadre n’est pas réel si l’Europe ne se dote pas des mécanismes pour le mettre en œuvre efficacement : la direction adoptée au niveau mondial pourrait même empêcher la réalisation des éléments positifs du Consensus. « La coopération au développement ne peut pas prétendre être à la pointe du développement durable si elle sert simultanément les intérêts économiques, commerciaux, migratoires et sécuritaires de l'UE », déclare Tanya Cox, membre du groupe de pilotage de CONCORD sur le développement durable.

Source : CONGDE. (Traduction : Célia Rico).

Plus d'informations et bibliographie :

Notes aux éditeurs :

● [1] Article 208 du traité sur l’Union européenne.
● [2] En 2016, l’aide de l’UE a augmenté de 13,11 TP3T, mais une grande partie de cette augmentation reflète la croissance des fonds destinés à couvrir les coûts des réfugiés dans les pays donateurs eux-mêmes. Les réglementations du CAD permettent aux pays donateurs de comptabiliser certaines dépenses liées aux réfugiés comme APD ; En 2016, l’Allemagne a consacré plus de 201 % de son APD aux coûts des réfugiés. En 2015, 171 % de son aide ne reflétait pas un véritable transfert de ressources vers les pays en développement, car elle était consacrée aux coûts des réfugiés dans les pays donateurs, à l’allègement de la dette, aux frais des étudiants, à l’aide liée et aux paiements d’intérêts. Articles dans The Guardian et Devex sur les statistiques de l'OCDE sur l'APD en 2016 – 11 avril 2017 - Conditionnalité de l'aide : https://concordeurope.org/2016/12/12/no-eu-deals-keep-migrants/
● [3] CONCORD appelle à la création de normes rigoureuses et élevées afin de mieux réglementer l’utilisation de l’aide dans les investissements du secteur privé et de garantir que les motivations de développement ne soient pas affectées par des raisons commerciales ou par des membres du CAD cherchant à utiliser l’APD pour soutenir leur propre secteur privé. Nous voulons garantir que les contributions financières du secteur privé soient conformes aux critères de durabilité et de droits de l’homme. Publications récentes : Lettre ouverte à la Commission européenne sur les fusions dans le secteur agroalimentaire (27 mars 2017) et Recommandations sur l’approche du Comité d’aide au développement pour l’intégration des instruments du secteur privé dans l’APD (juin 2016).
● CONCORD est la Confédération européenne des ONG de développement, composée de 28 associations nationales, 20 réseaux internationaux et 3 membres associés, représentant plus de 2 600 ONG, soutenues par des millions de citoyens à travers l'Europe. www.concordeurope.org
● Au cours de l’année écoulée, CONCORD a travaillé activement à la mise en œuvre du Consensus conformément à l’Agenda 2030 pour le développement durable. Annonces récentes (documents disponibles uniquement en anglais) :

. Lettre de la Confédération aux ministères de l'UE à l'occasion de la réunion de l'EAC de l'UE du 19 mai, disponible prochainement.
. « Le « nouveau consensus sur le développement » de l’UE place le contrôle des migrations au centre des préoccupations », tribune de J. Trimmel (président de CONCORD) – 28 avril 2017. Document en anglais.
. Réponse au projet de la Présidence sur le consensus européen pour le développement du 24 mars au 6 avril 2017. Document en anglais.
. Réponse au projet de la Présidence sur le Consensus européen pour le développement du 16 février au 9 mars 2017. Document en anglais.
. Communiqué de presse de CONCORD sur la première proposition – novembre 2016. Document en anglais.

● CONCORD appelle à l’adoption d’une stratégie globale, convenue par l’UE, qui soit réellement mise en œuvre et qui déclenche des mécanismes de suivi appropriés. Dans le cas contraire, les engagements de l’UE envers l’Agenda 2030 ne seront jamais respectés. Le dernier rapport de CONCORD (publié en anglais uniquement), Sustainable Development – The Stakes Could Not Be Higher, analyse la mise en œuvre par l'UE de l'Agenda 2030 et de la cohérence des politiques pour le développement durable. Ce rapport examine cinq aspects des politiques de l’UE, met en évidence les bonnes pratiques et les cas les plus alarmants, et fournit un ensemble de recommandations. CONCORD estime que l’UE devrait jouer un rôle de premier plan et servir d’inspiration pour démontrer qu’il est possible de combiner l’ambition de l’Agenda 2030 avec la mise en œuvre de ses propres plans et avec les mécanismes de gouvernance et de responsabilité qui reflètent en fin de compte la nature intégrée, interconnectée et globale de l’Agenda 2030.

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